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NEYLA ET LA POUSSIERE D'OR
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ANNICKA
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Joined: 28 Jan 2007
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 Post Posted: 20/01/2008, 17:30    Post subject: NEYLA ET LA POUSSIERE D'OR
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Neyla et la poussière d’or


Un matin plein de rosée, le front appuyé contre la vitre de la cuisine, Neyla regardait le soleil printanier, qui, doucement, envahissait le jardin.
Les yeux pleins de brume, elle entendait à peine sa petite mamie lui répéter :
« Neyla, revient parmi nous ! La lune et les étoiles sont parties de l’autre côté de la Terre. Il est plus que temps de vider ton bol de lait et de sortir respirer l’air frais. A quoi bon être en vacances si tu restes derrière la vitre ! ».
Neyla dut s’exécuter. Son petit déjeuner achevé, elle sortit. Ses claquettes aux pieds, son chapeau brodé de dentelles vissé jusqu’aux yeux, et sa veste en laine « au cas où », l’accompagnaient. Quelques pas, quelques sauts faisaient voleter ses boucles brunes…Elle prétextait souvent que le vert clair de ses yeux l’empêchait de regarder vers le soleil de peur d’être éblouie. Elle n’osait pas se l’avouer mais je crois qu’elle avait envie de sourire, de rire même, et de courir au milieu des fleurs et des herbes hautes du jardin.
Depuis sa cuisine, maminou savait tout cela et regardait, l’œil inquiet, son petit fantôme déambuler vaguement.
Avec sa petite mamie, elles n’avaient presque pas besoin de parler pour se comprendre. Elles habitaient une maison blottie à flanc de colline. Un arbre aux racines envahissantes semblait soutenir le petit édifice en bois. En hiver, simple tuteur, ses feuilles printanières le transformaient en parasol odorant. La forêt tout autour isolait leur petit univers du reste du monde.

Ce matin là, le chant d’un petit oiseau attira l’attention de la petite fille.
Perché sur le pommier à fleurs, il balançait vivement sa tête en sautillant gaiement. A chaque mouvement, ce petit volatile s’entourait d’une étrange clarté. Au bout de quelques minutes, Neyla, intriguée, n’y résista plus. D’un pas enfin décidé, elle s’approcha de lui et il s’envola. La petite fille remarqua que l’arbre avait changé de couleur. Elle fit glisser ses doigts le long des tiges et du feuillage. De l’or, elle voyait de l’or sur ses doigts…
Elle passa la matinée à l’attendre et l’après-midi à l’espérer. Il ne revint pas.
La fraîcheur traversa sa petite veste en laine, et Neyla dut se résoudre à rentrer.
Le nez au dessous de son bol de soupe, elle était absorbée dans ses pensées. Quel est donc cet oiseau, et quelle est cette dorure qu’il laisse s’échapper de son plumage brun ?

Elle ne raconta rien à sa petite mamie, qui avait tout vu de la scène et avait bien remarqué le nouvel espoir de sa petite fille : revoir l’oiseau.
Elle faisait semblant de ne pas avoir constaté la nouvelle énergie que mettait Neyla à courir chaque matin hors de la maison, après avoir goulûment avalé son bol de lait. Elle ratissait de long en large le jardin. Elle ôtait son chapeau, et n’hésitait plus à lever ses yeux vers la clarté, de peur de ne pas voir son petit voyageur.
Chaque soir, Maminou souriait en entendant Neyla murmurer au silence, quelques mots rassurants devant sa glace. Elle esquissait de sa bouche ronde les douces paroles qui lui permettraient d’apprivoiser celui qu’elle avait baptisé : l’oiseau d’or.

En rentrant de l’école, elle s’installait au jardin, perdant jour après jour espoir de le revoir. Ses longs moments passés au milieu de la nature, à attendre son oiseau d’or, lui avaient réappris le parfum des fleurs, les couleurs, les bruits, le plaisir. Elle devait s’occuper, alors elle courait, parlait aux papillons, s’inventait des histoires. Elle rêvait.

Les jours passèrent, les semaines aussi. Puis vint la chaleur de l’été.
Les nuits étaient moites. Les fenêtres que l’ont laissaient souvent ouvertes tard dans le soir, permettaient aux bruits de la forêt d’envahir la chambre.
C’est par une de ces soirées que Neyla, le baiser donné à maminou, monta à l’étage, dans sa chambre. Vêtue de sa petite chemise de nuit légère, elle s’était installée songeuse sur le rebord de la fenêtre. Ses bras entouraient ses genoux repliés contre sa poitrine.
Les étoiles avaient envahi le ciel, et une douce lumière persistait grâce à la lune bien pleine et ronde. Un doux sifflement lui fit baisser les yeux vers le sombre jardin, elle remarqua aussitôt une lumière de plus en plus dense, qui scintillait en sautillant au milieu de la pénombre.
Elle se redressa vivement : il était revenu !

Elle décida de descendre l’escalier, pour aller le retrouver.
Elle prit ses claquettes à la main, et ouvrit doucement la porte pour s’échapper de la maison sans alerter maminou. Rien, évidement, n’avait échappé à sa grand-mère qui entreprit de la suivre discrètement, avec un oeil attendri et amusé.
Neyla sortit de la maison et suivit l’oiseau d’or vers le bois. La nuit pourrait être hostile, mais les odeurs, les bruits, étaient désormais familiers à la petite fille. A chaque pas, la lumière dorée fuyait un peu plus loin. Assez près pour être vue, trop loin pour être touchée.
En chemin, Neyla avait perdu ses claquettes, et la mousse du sous bois se glissait sous ses pieds, caressant la peau de la petite vagabonde.
Le vent se mit à souffler, et Neyla ne perdant pas son ami de vue, s’agrippa à un arbre. La pluie se mit à ruisseler quelques instants, brusquement, sans raison. Les gouttes d’eau sur le visage de Neyla formaient des larmes qu’elles n’avaient plus versées depuis longtemps.
L’oiseau d’or, perché quelques mètres plus loin, sur un arbuste planté au milieu d’une clairière, n’avait rien perdu de son éclat. Il semblait plus brillant encore malgré le vent et la pluie. Il se mit à chanter.

Neyla entendit son appel, quitta son abri, et s’approcha impertinemment.
L’oiseau d’or, désormais à portée de main, se laissa caresser par la petite fille émerveillée. Elle qui avait tant attendu cet instant, ne put prononcer aucun mot. Elle sourit à l’oiseau qui l’observait fixement.
Tel une étoile filante, il s’élança en laissant une traîne de lumière partager le ciel.

Maminou, qui était restée en retrait, s’avança et posa ses mains sur les épaules de Neyla. Sa douce voix résonna dans le sous bois.
« Le petit oiseau rêvait de voler jusqu’aux étoiles.
Un jour, à force de battre de ses petites ailes, il s’approcha si près de l’une d’elle, que celle-ci, pleine d’admiration et de curiosité pour ce petit rêveur fou, s’adressa à lui :
- Mais, dit moi, petit oiseau, qu’est-ce qui te donne envie de nous caresser ?
Le petit oiseau répondit à l’étoile :
- Toi, belle dame qui éclaire la nuit, je voudrais que tu restes auprès de moi. Ainsi quand dans le jour, mon petit cœur s’assombrira, grâce à ta lumière, je trouverai la force de continuer à voler. Car je garderais en moi la couleur de mon rêve, celui de voler jusqu’à toi la nuit suivante.
- Voilà une belle chose, dite l’étoile. Tu as un rêve, et tu voudrais trouver un moyen de l’avoir toujours présent à tes côtés, pour ne jamais l’oublier. Mais tu sais que les petits oiseaux n’atteignent jamais les étoiles, parce qu’il n’est pas nécessaire d’être avec moi, pour que je t’envoie ma lumière et que tu gardes l’envie de voler.

L’étoile était émue. Elle réfléchit un instant et fila dans le ciel. Elle laissa s’échapper quelques poussières d’or, qui se déposèrent sur le plumage de l’oiseau.
Elle revint auprès de lui et lui dit :
Promène toi dans le monde petit oiseau. Avec ta clarté et ta gaieté, va rappeler à ceux qui doutent, que la beauté de leurs rêves doit rester en eux. Donne leur un peu de ta lumière pour leur donner envie de recommencer à rêver. »

C’est ainsi, dit maminou, que le petit oiseau a senti ton petit cœur en mal de rêves, et est venu te rendre visite.
Neyla répondit : « Mais maminou, il est parti. Je suis triste maintenant. »
Maminou s’approcha de l’oreille de sa petite fille et lui conseilla de regarder ses mains.
Neyla les ouvrit et découvrit le cadeau de l’oiseau : ses doigts étaient recouverts de poussières d’or. Elle referma ses poings et sourit au ciel. Elle serra la main de sa petite mamie, le sourire aux lèvres, et elles rentrèrent toutes deux enlacées jusqu’à leur petite maison.

Le temps passa et Neyla grandit en regardant les étoiles. Devenue une jeune femme, elle décida de se promener dans le monde et serra beaucoup de mains avec ses mains étoilées.
Peut-être l’as-tu déjà rencontrée ? Tu ne t’en souviens peut-être pas.
La prochaine fois que tu croises un ange, qui te sourit et te prend la main, regarde bien. Tu y trouveras sûrement de l’or. Celui de tes rêves, ceux que tu n’oses confier à personne, à part, peut-être, aux étoiles.
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